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le mémoire

Mémoire de Maîtrise Ergonomie du Sport et Performance Motrice (Nicolas Giauque)

Effet du port d’une orthèse déstabilisante sur les activités
électromyographiques des muscles péri-articulaires de la cheville

Effet du port d’une orthèse déstabilisante sur les activités électromyographiques des muscles péri-articulaires de la cheville.

 

Table des matières :
I - CADRE THEORIQUE
II - METHODE
    1 - Sujets
    2 - Matériel utilisé
    3 - Tâche et procédure
    4 - Traitement des données
    5 - Analyse Statistique
III - RESULTATS
IV - DISCUSSION
V - CONCLUSION ET PERSPECTIVES
BIBLIOGRAPHIE


I - Cadre théorique :

Les diarthroses, ou articulations mobiles, constituent avec les autres articulations le moyen d’union des pièces du squelette entre elles. Ces diarthroses sont constituées de différentes structures responsables de la stabilité articulaire : les pièces osseuses et cartilagineuses, la capsule articulaire, la membrane synoviale et les structures de liaison telles que les ligaments (dont les propriétés mécaniques sont similaires à celles des tendons). Cependant, ces ligaments ont une résistance mécanique insuffisante pour être les seuls facteurs de stabilité articulaire. Ainsi, grâce aux propriétés mécaniques de ces dispositifs, l’articulation peut bouger suivant un certain nombre d’axes de rotation (le nombre de degrés de liberté), supporter et transmettre des pressions importantes sans être lésée. Cependant, le système musculo-squelettique, en supportant ces pressions, est souvent soumis à des atteintes articulaires ; celles-ci peuvent aller de l’entorse bénigne à la luxation. Ces atteintes, regroupant toutes les atteintes des différentes structures composant l’articulation, ont une incidence directe sur la stabilité de cette dernière. La stabilité articulaire résulte de l’activité musculaire et des éléments passifs articulaires tels que les ligaments. Ainsi, après une entorse, par exemple, il est possible de rencontrer des situations d’instabilité articulaire. Blouin et Bergeron (1997) définissent cette instabilité comme une mobilité articulaire exagérée par rapport à une perte d’amplitude articulaire.
La définition médicale de l'entorse de cheville est la lésion d'un ligament n'entraînant pas une perte permanente des rapports normaux d'une articulation. Les ligaments sont des haubans tendus d'un os à un autre autour ou au milieu de l'articulation. Leur rôle est de permettre aux surfaces articulaires de rester bien en contact lors des mouvements. Ils assurent ainsi, en partie, la stabilité de l'articulation. C'est la lésion de ce ligament qui définit l'entorse (si l'articulation est revenue en place). Une entorse bénigne correspond à une distension du ligament, sans rupture vraie. Elle ne lui fait pas perdre son rôle de hauban articulaire. Elle affecte habituellement le faisceau antérieur du ligament, ou péronéo-astragalien antérieur, tendu presque horizontalement du bord antérieur de la malléole externe au col de l'astragale

Figure 1 : Cheville et arrière pied de profil (calque d’après radiographie) – en vert, les 3 faisceaux du ligament latéral externe (péronéo-astragalien antérieur, péronéo-calcanéen, péronéo-astragalien postérieur). 1 : malléole externe, 2 : pilon tibial, 3 : malléole interne, 4 : astragale, 5 : tubercule antéro-externe de l’astragale, 6 : scaphoïde tarsien, 7 : cuboïde, 8 : bec de la grande apophyse du calcanéum, 9 : sinus du tarse, 10 : grande apophyse du calcanéum, 11 : grosse tubérosité du calcanéum, 12 : tubercule postérieur de l’astragale.


Les entorses du ligament latéral sont des lésions très fréquentes (10000 nouveaux cas par jour en France) (Brooks, Potter et Rainey, 1981). La population sportive est très touchée par ce traumatisme, en effet, il représente, tous sports confondus – mais majoritairement dans les sports de ballon, 15 à 45 % des traumatismes sportifs (Ekstrand et Tropp, 1990 ; Tiling, Bonk, Höher et Klein, 1994). La fréquence et le coût de l’entorse de cheville sont des problèmes de santé publique. Aux Etats-Unis, elle représenterait 24 000 cas par jour entraînant 5 millions d’examens radiologiques annuels avec un coût global de 500 millions de dollars. De ce fait, nombre de publications récentes remettent en cause la prise en charge classique des entorses de cheville.

Les méthodes de rééducation dites « classiques » ne solutionnent pas le problème car le taux de répétition pour une entorse du ligament latéral de cheville chez les athlètes est estimé entre 10 et 30 % (Peters, Trevino et Renstrom, 1991). L’instabilité de l’articulation de la cheville peut être une instabilité mécanique ou fonctionnelle. L’instabilité mécanique est liée aux mesures de relâchement des ligaments et l’instabilité fonctionnelle est définie comme une récurrence des lésions (Eils et Rosenbaum, 2001). Une hypothèse annonce que cette instabilité fonctionnelle chronique peut être expliquée par un déficit neuromusculaire et proprioceptif (Freeman, 1965). Ces déficits neuromusculaires se traduisent par un équilibre détérioré, une réponse plus lente des muscles péroniers à l’inversion de cheville, une vitesse de conduction du nerf ralentie, une détérioration de la sensation cutanée, un déficit de force et une gamme de mouvements en dorsiflexion diminuée.

L’orthèse déstabilisante est un appareil breveté permettant d’engendrer, au cours de la mise en charge, une inversion de l’arrière du pied. Son rôle est d’augmenter l’activité musculaire de la cheville dans le but d’améliorer le signal proprioceptif afin de diminuer la récurrence des entorses du ligament latéral de la cheville responsable, en partie, du contrôle de l’articulation. Elle peut être utilisée en kinésithérapie pour de la réhabilitation ou dans le cadre préventif afin de diminuer la récurrence des entorses.
Ce dispositif se compose d’une tige englobant l’arrière du pied et la cheville qui repose sur un mécanisme articulé. Ce chausson d’arrière pied pivote autour d’un axe disposé dans le plan horizontal selon un angle de 45° par rapport à l’axe sagittal et suivant une direction allant de dehors en dedans et d’arrière en avant. Ce chausson dispose d’un appui interne, réglable en hauteur, ce qui permet de contrôler l’importance du valgus calcanéen.
La mise en charge d’un sujet sur ce dispositif provoque automatiquement une inversion de l’arrière pied. Le transfert de masse situé en dessus n’a aucune incidence sur le verrouillage, seule une contraction musculaire du tibialis anterior et des fibullaires autorise un appui stable et une déambulation (cf. photo 1).


Photo 1 : Orthèse de cheville en vue arrière.

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II – Méthode :

1 – Sujets :
9 sujets (5 sujets féminins et 4 sujets masculins) de moyenne d’âge 37 ± 12 ans et de poids moyen 68 ± 17 kg et ne présentant pas de signes de pathologie musculo-articulaire des membres inférieurs ont été testés. Tous ont été informés du déroulement du test.

2 - Matériel utilisé :
De manière à apprécier l’effet du port de l’orthèse déstabilisante, une analyse électromyographique des muscles péri-articulaires de la cheville a été réalisée.
Après préparation de la peau (rasage / dégraissage au moyen d’une solution ether-alcool-acétone) des électrodes jetables (Ag-AgCl de type F55) de 2 cm de diamètre ont été fixé au niveau des points moteurs des muscle :
- Tibialis Anterior
- Peroneus Longus
- Peroneus Brevis
- Gastrocnemius Lateral
- Gastrocnemius Medial

Un enregistrement bipolaire des activités musculaire a été réalisé au moyen du système Megawin à une fréquence d’échantillonnage de 1000 Hz.

3 - Tâche et procédure :
La tâche des sujets consistait à effectuer une série de pas selon une direction rectiligne. La longueur du trajet était de 6 m correspondant à 5 cycles de marche en moyenne. Les consignes étaient de marcher le plus naturellement possible (i.e. en gardant la tête droite et le regard porté vers l’avant). Des repères visuels fixés au sol permettaient aux sujets de régler la longueur des pas de façon à ce que les patrons de marche soient stables d’un essai à l’autre.
Une fois disponibles les sujets étaient équipés des électrodes de réception. Un premier test de 4 min servait à déterminer leur 100% d’activation au moyen de contractions maximales volontaires contre résistance (i.e. dans des conditions de relative isométrie). Une pause de 5 min leur permettait ensuite de récupérer. Après quelques minutes d’échauffement nécessaire à la stabilisation du rythme de marche, il était demandé aux sujets d’effectuer 10 passages sur le parcours. Ces 10 passages s’effectuaient sans et avec orthèse déstabilisante. L’ordre de passage était aléatoire afin d’empêcher tout effet d’apprentissage.


4 - Traitement des données :
Données qualitatives : Lors d’un cycle de marche, les mêmes muscles interviennent avec ou sans l’orthèse. Contrairement au plateau de Freemann qui augmente l’activité musculaire globale dans des situations « statiques » (cf. figure 2), l’orthèse déstabilisante permet de rééduquer en situation de marche (cf. figure 3). Cela permet de faire travailler uniquement les muscles directement impliqués dans la marche et de respecter les patrons d’activation des muscles de la marche. Le début d’activité ou T0 correspond au moment où le sujet pose le talon sur le sol lors d’un cycle de marche.

(Laboratoire de Modélisation des Activités Sportives – Forestier 2003)

Figure 2 : Activité électromyographique d’un sujet sur un plateau de Freeman pour quatre groupes musculaires testés. De haut en bas : Tibialis Anterior, Peroneus Longus, Peroneus Brevis et Gastrocnemius Lateral. Figure 3 : électromyographique, sur trois pas, d'un sujet en condition orthèse pour trois groupes musculaires testés. De haut en bas : Tibialis Anterior, Peroneus Longus et Peronus Brevis.

5 - Analyse Statistique :
Concernant les paramètres électromyographiques liés à l’activation musculaire, les données de l’étude ont été soumises à une analyse de la variance (ANOVA) de type 2 Conditions (Normale vs. Orthèse) x 5 Muscles (TA vs. PL vs. PB vs. GM vs. GL) avec des mesures répétées sur l’ensemble des paramètres. Une analyse post-hoc est utilisée (Newman Keul test) lorsque nécessaire. Le seuil de significativité est fixé à p < .05.

En ce qui concerne les paramètres électromyographiques liés au délai d’activation musculaire, les données de l’étude ont été soumises à une analyse de la variance (ANOVA) avec mesures répétées sur les différentes variables. L’ANOVA est de type 2 Conditions (Normale vs. Orthèse) x 2 Muscles (PL vs. PB). Le seuil de significativité est fixé à p < .05. L’analyse est réalisée uniquement sur les péroniers en raison de leur implication majeure dans le contrôle de la stabilité et de l’angulation de la cheville. En effet, ces derniers sont les premiers à se contracter en réponse à une entorse du ligament latéral de la cheville et sont ainsi essentiels pour la stabilité dynamique de la cheville. De plus, les muscles péroniers stabilisent latéralement le complexe articulaire de la cheville en développant des réponses réflexes protectrices lors des mouvements rapides d’inversion du pied (Johnson et Johnson, 1993). Enfin, la première réaction musculaire mesurée après l'inversion soudaine de la cheville est une réponse électromyographique des muscles péroniers (Konradsen, 1997). La plus longue réaction en temps du Tibialis Anterior en comparaison des muscles péroniers est due au fait que le Tibialis Anterior n’est pas directement impliqué dans le mouvement d’inversion (Eils et Rosenbaum, 2001).

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III – Résultats :

Pourcentage d’activation des différents muscles.

L’analyse de la variance fait apparaître une différence en fonction de la condition de marche (Normale vs. Orthèse), F(1,8) = 11.42 ; p < .01. Avec l’orthèse l’activation musculaire des muscles péri-articulaire de la cheville augmente (8,4 et 11,7%). Plus intéressant, un effet croisé condition x muscle apparaît également, F(4, 32) = 17,73, p < .0001. Comme le montre la figure 4, avec l’orthèse, l’activation musculaire exprimée en pourcentage de la FMV augmente significativement pour les muscles Tibialis Anterior (8.3 vs. 16.1%), Peroneus Longus (10,6 vs. 16,6%) et Peroneus Brevis 7,7 vs 14,6%). A l’inverse, ce pourcentage se stabilise pour les muscles Gastrocnemius medial (8 vs. 5,4%) et lateral (7,5 vs. 5,6%).


Figure 4 : Effet différencié du port de l’orthèse déstabilisante sur les différents groupes musculaires testés


Pour les paramètres électromyographiques liés au délai d’activation musculaire, les résultats de l’ANOVA sont traités en fonction de l’effet condition (effet de l’influence du port de l’orthèse sur les délais d’activation des péroniers latéraux), de l’effet du muscle (effet du muscle testé sur le délai d’activation) et de l’effet croisé (effet du port de l’orthèse sur les délais d’activation en fonction du muscle testé).

Pour l’effet condition :

En ce qui concerne les délais d’activation, l’analyse de la variance montre un effet extrêmement significatif F(1,8) = 52,73 ; P < .001 ; le délai d’activation des péroniers latéraux est inférieur en condition orthèse qu’en condition normale (respectivement 77 ms et 140 ms). De plus il existe une anticipation de l’activité musculaire en présence de l’orthèse déstabilisante (cf. figure 5).

Pour l’effet en fonction du muscle :

En ce qui concerne le délai d’activation, l’analyse de la variance ne montre pas d’effet significatif : P = NS.

Pour l’effet croisé :

En ce qui concerne les délais d’activation, l’analyse ANOVA ne montre aucun effet significatif : P = NS.
(Laboratoire de Modélisation des Activités Sportives – Forestier 2003)


Figure 5 : Activité électromyographique d’un sujet pour trois groupes musculaires testés.
De gauche à droite : condition normale, condition orthèse. La pose du pied est notée grâce aux marqueurs 70, 71, 72, 122, 123, et 124.

Les ajustements posturaux anticipateurs sont datés par l’apparition de la première activité électromyographique. L’activité électromyographique apparaît avant la pose du pied en condition orthèse, (en condition normale le temps d’activation moyen est de 140 ms après la pose du talon sur le sol, en condition orthèse le délai d’activation des péroniers latéraux est anticipé de 77 ms.) Les activités EMG anticipatrices sont phasiques : à la phasicité du mouvement intentionnel répond celle des ajustements posturaux. Elles sont organisées selon une séquence stable, spécifique du mouvement projeté. Cela s’inscrit dans l’hypothèse selon laquelle les mouvements volontaires et les ajustements posturaux s’intègreraient dans le même programme moteur.

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IV – Discussion :

L’orthèse de cheville a pour but de rééduquer et de prévenir les entorses de chevilles. Les résultats présentés ici montrent que cette rééducation, réalisée au cours de la marche, aboutit à une meilleure stabilité fonctionnelle de la cheville que les systèmes de rééducation dits classiques.
En ce qui concerne les résultats liés au pourcentage d’activation des muscles, l’augmentation de l’activation des muscles périarticulaires avec l’orthèse, s’explique par la déstabilisation engendrée par l’orthèse. En effet, lors de la mise en charge, l’orthèse entraîne une inversion du pied qui contraint les muscles périarticulaires à se contracter en vue de limiter et de contrer cette inversion.
L’effet croisé qui concerne l’augmentation de l’activation musculaire du Tibialis Anterior, du Peroneus Longus et du Peroneus Brevis, et la stabilisation d’activation pour le Gastrocnemius Medial et Lateral, est extrêmement intéressant. En effet, l’augmentation d’activation des péroniers s’explique par le fait que ces muscles sont directement liés au contrôle et à la stabilité de l’angulation de cheville (Hertel, 2000). Ainsi, lorsque l’on provoque volontairement une inversion de cheville, ce sont ces muscles qui vont, en majorité, lutter contre cette inversion en augmentant leur activation en vue de fournir un meilleur signal proprioceptif.
Le fait que le Tibialis Anterior ait une activation augmentée, n’est pas dû à son rôle dans le contrôle du mouvement. Cette augmentation est uniquement liée à l’orthèse elle-même. En effet, lorsque l’orthèse est en place, seule une contraction du Tibialis Anterior et des fibullaires autorise un appui stable et une déambulation. Lors de la marche avec l’orthèse, l’appui sur l’arrière du pied est augmenté, ce qui contraint le Tibialis Anterior à produire une activation musculaire plus importante afin de permettre une déambulation.
La stabilisation d’activité musculaire du Gastrocnemius Medial et du Gastrocnemius Lateral est induite par l’orthèse elle-même. Lorsque l’orthèse est en place, l’appui sur l’arrière du pied est augmenté et celui sur l’avant du pied est supprimé. Lors d’un cycle de marche « classique », l’activation du Gastrocnemius intervient lorsque le sujet produit une phase de poussée, c'est-à-dire lorsque celui-ci est en appui sur l’avant du pied. La perte d’appui engendrée par l’orthèse devrait donc provoquer une diminution de l’activation du Gastrocnemius Médial et Latéral. Cependant la non apparition de cette diminution peut être expliquée par les activations spécifiques engendrées par l’orthèse elle-même.
En ce qui concerne les délais d’activation, une diminution du délai d’activation des péroniers latéraux ainsi qu’une anticipation sont observées en condition orthèse. Cet ajustement postural anticipé est extrêmement intéressant lors de la rééducation de la cheville après une entorse. Cette activation musculaire proactive qui vise à lutter contre l’inversion de cheville est en adéquation avec le mécanisme de défense dynamique expliqué par Konradsen (Konradsen & al. 1997). En réponse à la future déstabilisation provoquée par l’orthèse, le sujet met en place des stratégies anticipatrices. Ces stratégies vont lui permettre de préparer ses muscles au mouvement d’inversion de cheville engendré par l’orthèse. La contraction musculaire intervenant avant la pose du talon au sol va permettre une meilleure stabilisation de la cheville lors du contact au sol. Cette anticipation joue un rôle sécuritaire afin d’éviter l’inversion de cheville.
L’orthèse n’entraîne pas de variabilité de délai de l’activation musculaire. Le mouvement de marche est dénaturé mais les patrons d’activations ne le sont pas ; le patern musculaire reste identique dans les deux conditions. Ce résultat est extrêmement important pour la réhabilitation des entorses de cheville. En effet, Lephart, Pincinero et Lozzi (1998) ont montré qu’un programme de réadaptation devait intégrer les trois niveaux de contrôle moteur. La programmation motrice est rééduquée en conservant les mêmes patrons d’activations, la fonction motrice de la moelle épinière est rééduquée grâce au maintien des activités posturales et enfin, il est indispensable de favoriser la stabilisation des réflexes grâce à des changements soudains de position. Lors d’une rééducation avec l’orthèse, les trois niveaux de contrôle moteur sont pris en compte, ce qui n’est pas le cas avec le plateau de Freeman ; ce dernier ne conservant absolument pas les mêmes patrons d’activation de la marche.

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V – Conclusion et perspectives :

Au travers de cette étude, nous constatons que l’orthèse entraîne une véritable spécificité musculaire. En effet, cette dernière augmente uniquement les activations des muscles impliqués dans la stabilisation de la cheville. Cette forme de rééducation permet une spécificité de l’activation musculaire pour de meilleurs résultats.
Cette orthèse entraîne un renforcement des muscles directement impliqués dans le mécanisme qui vise à lutter contre l’inversion de cheville. En plus de rééduquer de façon active, l’orthèse entraîne une contraction musculaire anticipée ; cette contraction va donc durer plus longtemps que lors d’une contraction en cycle de marche classique (sans anticipation la contraction à une durée plus courte). Cette augmentation de délai de contraction peut permettre une rééducation plus rapide de l’entorse de cheville.
Grâce à ce système (i.e. l’orthèse) le sujet va pouvoir mettre en place des stratégies pour lutter contre l’inversion de cheville. En effet, en présence d’une entorse, il va produire une réponse plus puissante avec un temps de réaction plus court et une plus grande durée. Ces trois mécanismes vont aider à lutter contre l’inversion de cheville en conduisant à un renfort musculaire spécifique.
Les exercices proprioceptifs en vue de rééduquer une articulation lésée sont plus que nécessaires. Eils et Rosenbaum (2001) ont montré que les patrons d’activations n’étaient pas dénaturés avec des exercices proprioceptifs. Grâce à cette orthèse, une meilleure rééducation des entorses de chevilles est possible avec une rééducation « active » (i.e. en condition de marche) qui met en jeu des processus proprioceptifs. Ainsi, une diminution des entorses récurrentes est attendue.
L’emploi de cette orthèse concerne plusieurs domaines. Son utilisation en kinésithérapie est indispensable afin de pratiquer une rééducation fonctionnelle des entorses de cheville. Mais cette orthèse peut également trouver sa place dans le domaine sportif et notamment dans l’entraînement sportif afin de renforcer les muscles directement impliqués dans le mécanisme qui lutte contre l’inversion de cheville. Les sportifs représentent une des populations les plus touchées par ce traumatisme et notamment lorsque ces derniers pratiquent des sports qui nécessitent des sauts, des réceptions et des changements rapides de direction (Ekstrand et Tropp, 1990 ; Tiling, Bonk, Höher et Klein, 1994). Ainsi, en adaptant un entraînement avec l’orthèse, ces derniers pourront prévenir les risques de blessures en renforçant leur musculature au niveau de la cheville.
Les recherches ultérieures s’attacheront à étudier les réponses musculaires des orthèses intégrées aux chaussures dans différentes conditions (telles que le saut, la course, …).

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BIBLIOGRAPHIE

Brooks S.C., Potter B.T. and Rainey J.B. (1981). Inversion injuries of the ankle: clinical assessment radiographic review. Cin Res Ed, 282, 607-8
Eils E. and Rosenbaum D. (2001). A multi-station proprioceptive exercise program in patients with ankle instability. Medcine & Science In Sports & Exercise, 33, 1991-1998.
Ekstrand J. and Tropp H. (1990). The incidence of ankle sprains in soccer. 41-4
Freeman M.A. (1965). Instability of the foot after injuries to the lateral ligament of the ankle. J Bone Joint Surg, 47, 669-77
Konradsen L., Voigt M. and Hojsgaard C. (1997). Ankle inversion injuries, the role of the dynamic defense mechanism. Am J Sport Med, 25, 54-8
Konradsen L. (2002). Sensori-motor control of the uninjured and injured human ankle. Journal of Electromyography and Kinesiology
Lephart S.M., Pincinero D.M. and Lozzi S. (1998). Proprioception of the ankle and knee. Sport Medecine, 25, 149-155
Peters J.W., Trevino S.G. and Renstrom P.A. (1991). Chronic lateral ankle instability. 182-91
Tiling T., Bonk A., Hoher J. and Klein J. (1994). Acute injury to the lateral ligament of the ankle joint in the athlete. 920-33
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